AGIR2 par Stéphanie Pontier

A.G.I.R.2 — Approche toxico-Génomique Intégrée, Résistance et Résilience : Transformer la microbiologie environnementale en outil de santé publique et d’agentivité citoyenne des communautés de Rouyn-Noranda et de Gatineau

Stéphanie Pontier, Cégep de l’Outaouais

stephanie.pontier@cegepoutaouais.qc.ca

Résumé

Depuis près d’un siècle, la Fonderie Horne émet dans l’air de Rouyn-Noranda des métaux lourds — arsenic, plomb, cadmium, nickel — dont les effets sur la santé sont documentés, mais encore partiellement compris. Si la pollution métallique de l’air extérieur et des sols a été largement étudiée, les environnements bâtis — maisons, écoles, garderies — où nous passons pourtant la majorité de notre temps, demeurent peu explorés. Nombreux et diversifiés, leur caractérisation systématique à l’aide de méthodes scientifiques spécialisées s’avèrerait cependant très coûteuse. Pour pallier cette situation, le projet A.G.I.R.² propose une approche novatrice : utiliser l’ensemble des micro-organismes présents dans ces milieux intérieurs, le microbiome domestique, comme un bioindicateur du niveau de contamination par les métaux. Vivants, ces microbiomes intègrent en temps réel le niveau de contamination et s’y adaptent en exprimant des gènes leur permettant d’y résister. C’est ce résistome que nous caractériserons pour améliorer notre compréhension fine des conditions de pollution au sein des environnements bâtis et de leur impact potentiel sur la santé. Dans un premier volet, le projet analysera des échantillons prélevés dans 100 foyers — 50 à Rouyn Noranda et 50 à Gatineau — sur deux saisons : poussières domestiques, surfaces d’éviers et levain standardisé. Les poussières permettent de capter une exposition cumulée dans le temps, tandis que les biofilms d’évier et le levain, systèmes vivants, intègrent les conditions environnementales de manière dynamique. L’objectif sera d’évaluer si le résistome détecté dans chacune de ces matrices est cohérent avec le degré de pollution métallique détecté par des méthodes physicochimiques classiques, selon un gradient de distance de la Fonderie Horne. Au-delà de la production de données, le projet A.G.I.R.² place les jeunes au cœur de la recherche. Les résultats de cette première phase constitueront une occasion pour des jeunes du primaire au collégial de s’initier à la science et aux biotechnologies modernes, notamment aux outils permettant de développer des tests de vigie environnementale à faible coût et facilement déployables et adoptables par leurs communautés. Le projet fait l’hypothèse que cette participation favorisera une meilleure compréhension des enjeux environnementaux, et permettra aux participants de développer leur capacité d’agir. L’impact de cette approche sur la littératie scientifique environnementale et le sentiment d’agentivité sera également évalué dans le volet 3 du projet. A.G.I.R.² s’inscrit ainsi dans une démarche de science citoyenne et de laboratoire vivant, visant à transformer la surveillance en santé environnementale en passant d’une approche centralisée, ponctuelle et coûteuse à une approche distribuée, accessible, résiliente et ancrée dans les communautés et leur territoire. En donnant aux citoyens les moyens de mieux comprendre leur environnement et en démocratisant les moyens d’y parvenir, le projet contribue à renforcer l’agentivité des communautés face aux enjeux de santé environnementale, une compétence clé pour un développement durable de notre société.

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